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2002-2004

Paquets de nerfs

La Nature morte m’a intéressée parce qu’elle était considérée comme un genre pauvre; aussi elle représentait des espaces, des objets, les restes de choses et de gestes appartenant à un univers réservé aux femmes.

Un jour, à l’atelier, j’ai automatiquement déplacé un morceau de ruban gommé usagé, d’un tableau grand et en fabrication, vers un autre tableau plus petit que je voulais faire disparaître sans savoir trop comment. Ainsi, j’ai commencé à enrubanner, emballer, emmailloter ou bander des tableaux qui ne trouvaient pas leur sens dans leur première version.

C’est alors que me suis rendue compte que j’étais, et cela depuis toujours, travaillée par l’idée de « reste ». Des retailles, des bribes, des fragments, des bouts… Des restes pas que dans l’assiette de la peinture mais dans l’Histoire et dans les histoires racontées sur et par des femmes. Ces restes, je ne faisais pas que les représenter ou les évoquer ; ils étaient LE matériau premier, tant conceptuellement que matériellement.

Acrylique et ruban adhésif sur toile,
Une centaine de tableautins de 12,6 x 17,8 cm chacun,
Une quinzaine de tableautin de 23,4 x 30,7 cm chacun et
Un tableau de 114 x 167,5 cm

Collection

6 tableautins dans la Collection du Musée national des beaux-arts du Québec
(2006.03-08)
Achat grâce à l’appui du Conseil des arts du Canada dans le cadre de son programme d’aide aux acquisitions

Historique d’exposition

2011-2012 – Monique Régimbald-Zeiber : Les dessous de l’histoire (2), exposition individuelle à la Galerie B-312, Montréal (2 décembre 2011-21 janvier 2012).

2004 – Le touché de la peintureFrançoise Sullivan, Monique Régimbald-Zeiber et Aïda Kazarian, exposition de groupe à la Galerie de l’UQAM, Montréal (7 mai – 19 juin), commissaire: Louise Déry.

 

La voix de Nicole Brossard tient une place centrale dans mon atelier. Elle signe, en 1982, un livre qui s’intitule Picture Theory que je continue de trouver beau, étrange et par moment assez agaçant. Elle y dit :

 

« À la source de chaque émotion, il y a une abstraction dont l’effet est l’émotion mais dont les conséquences dérivent la fixité du regard et des idées. Chaque abstraction est une forme dans l’espace mental. Et quand l’abstraction prend forme, elle s’inscrit radicalement comme énigme et affirmation. Avoir recours à l’abstraction est une nécessité pour celle qui fait le projet, tentée par l’existence, de traverser les anecdotes quotidiennes et les mémoires d’utopies qu’elle rencontre à chaque usage de la parole. »

Nicole Brossard, Picture Theory, 1989, Montréal : Nouvelle Optique, p 89

Ce sont ses mots. J’aime comme elle associe l’abstraction à l’émotion et à la forme.

Pour moi l’abstraction est iconoclaste, littéralement. L’abstraction est partout dans l’atelier. Au cœur de la pensée de la pratique de l’art, elle bouscule, triture, déchiquette, brise, défait les images. Elle est espace de résistance, une sorte de cri, une émotion. Ma peinture se refuse à figurer. La non figuration c’est l’abstraction appliquée à la peinture.

S’abstraire de l’image c’est agir…  dans l’atelier.

Quand je sors de l’atelier, je tourne le dos à l’abstraction… Ensuite, j’y reviens.

 

Vues de l’exposition Monique Régimbald-Zeiber : Les dessous de l’histoire (2), Galerie B-312, Montréal, 2011-2012.
Vues de l’exposition Le touché de la peinture. Françoise Sullivan, Monique Régimbald-Zeiber et Aïda Kazarian, Galerie de l’UQAM, Montréal, 2004.

Photos : Paul Litherland (détails et Galerie de l’UQAM) et Galerie B-312